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Lauréats 2005 : Céline Landa et Benjamin Marchal (DDB Paris)

Céline Landa et Benjamin Marchal, vingt-six ans chacun, sont les lauréats du PrixStratégies2005 des jeunes créatifs. Ils ont été choisis par la rédaction pour la qualité et l'originalité de leurs travaux chez DDB Paris, leur agence depuis mars 2004. Et notamment pour Audi, Rossignol, Kinder, Nike 180 et la campagneL'Équipe, lauréate du Grand PrixStratégiesde la publicité (lireStratégiesn°1374). Les deux films pour le quotidien sportif viennent d'ailleurs de remporter un Lion d'or au Festival international de la publicité, à Cannes.« Nous n'avions pas imaginé remporter toutes ces récompenses cette année, même si nous avons tout fait pour. Quand on est dans une grande agence, c'est aussi pour récolter des prix »,confie Céline Landa, la conceptrice-rédactrice du team.

Un premier Lion d'or, c'est effectivement important dans la vie d'un jeune créatif. Le leur trône à cheval sur leurs bureaux contigus, rue d'Amsterdam, à Paris.« Cela va changer les briefs sur lesquels nous travaillerons. Nous serons peut-être davantage sur les grosses compétitions »,espère Céline Landa. En tout cas, ils ont du pain sur la planche pour l'été. Ils travaillent sur un nouveau film pour Bouygues Telecom, l'un des plus gros clients de DDB Paris, pour lequel ils ont déjà oeuvré. Mais aussi sur du print pour Stihl, un film Loto et la suite de la campagne deL'Équipeà l'occasion des numéros spéciaux « romans de l'été ».

Pour Céline Landa et Benjamin Marchal, qui succèdent à Charles Guillemant et Patrice Lucet (BDDP&Fils) comme meilleur jeune team de l'année, avoir rejoint l'une des principales agences parisiennes est« une vraie chance », après un parcours qu'ils qualifient de« plutôt normal ». Comme tous les créatifs qui se respectent, ils ont d'abord dû faire leurs classes, après des études à Sup de créa Roubaix (promotions 2002 et 2003). En 2002, Céline Landa fait ses premières armes chez Leo Burnett, époque Christophe Coffre et Nicolas Taubes. Elle travaille alors sur les budgets Charal, Nintendo, Fiat et Kellogg's. Benjamin Marchal, lui, rejoint BETC en 2003. Il planche sur Canal + et BNP Paribas. Les deux créatifs passent ensuite rapidement chez Famous.« Après, nous avons choisi de sortir du circuit »,expliquent-ils. Pendant trois mois, installés chez Benjamin Marchal à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), ils peaufinent leur dossier, font« tout à l'ancienne »et viennent imprimer des travaux la nuit dans des agences avec la complicité de certains amis.« Nous avions un objectif commun et très clair : intégrer une enseigne. »

Travailler en indépendant n'était pas vraiment leur ambition.« C'est très difficile quand on est junior »,affirment-ils. Chez Lowe Paris, Lessly Chmil, vingt-quatre ans, et Cédric Auzannet, vingt-sept - un team présélectionné cette année parStratégies-, confirment.« Être indépendant à la sortie de l'école, cela peut paraître excitant, mais c'est très difficile. »Après avoir enchaîné les stages en agence, le team a connu, de son propre aveu,« trois ans de galère en free-lance ».

 

Le rêve : un job en agence

 

Certains connaissent plus de réussite. À l'instar d'Hakim Berbour et Fabrice Basil, âgés respectivement de vingt-sept et vingt-six ans, amis d'enfance et en free-lance depuis six mois. Pas vraiment un choix, au demeurant :« Quand Springer&Jacoby, qui nous avait embauchés en janvier 2004, a perdu le budget Mercedes en septembre, nous n'avons pas pu rester »,raconte Hakim Barbour. Mais leur film « Le Jardinier » pour le constructeur automobile est repéré par la filiale autrichienne, qui rachète le film à Springer&Jacoby France et le diffuse pendant trois semaines au printemps dernier en Allemagne et en Autriche. Résultat : un Top Spot d'argent à Vienne en avril et un Lion de bronze en juin à Cannes... Si le team ne manque pas de travail, il cherche« un vrai job en agence ».

Trouver un vrai job : les jeunes créatifs en rêvent. Tous évoquent la difficulté d'y parvenir, la répétition des stages et des contrats à durée déterminée.« Un CDD de six mois, c'est devenu un CDD de luxe »,note Cédric Auzannet (Lowe Paris). Les agences ont ralenti leur activité, les annonceurs investissent de plus en plus sur Internet ou dans l'événementiel, les agences fonctionnent en sous-effectif depuis quatre ans et tout le monde s'adapte, déplore un directeur de création. Hervé Pommier, le directeur de création de Sup de créa Roubaix, le confirme :« Le contexte publicitaire s'est durci. D'un côté, de plus en plus de jeunes sont attirés par la pub, veulent travailler dans une grande agence, à savoir grande ET créative, de préférence à Paris. De l'autre, les agences sont de moins en moins nombreuses, serrent les coûts et recrutent moins. Résultat : elles n'embauchent plus les bons ou les très bons, mais les très très bons. Et le facteur chance - être au bon endroit au bon moment - intervient de plus en plus dans la première embauche. »Hervé Pommier constate pourtant une légère embellie cette année. À Sup de créa Roubaix, cinq étudiants de deuxième année sur vingt-trois ont été embauchés, dont trois en contrat à durée indéterminée.

Chez Young&Rubicam, Alexandre Hildebrand, trente ans, souligne de son côté la difficulté de se distinguer.« Tous les jeunes créatifs ont le même dossier, viennent parfois de la même école, ont les mêmes références, les mêmes réflexes. »Lui a d'abord tenté sa chance à Singapour, chez Dentsu Y&R. Comme lui, certains créatifs parient sur une expérience à l'étranger, alléchés également par des salaires plus attractifs. En France, la rémunération annuelle moyenne d'un concepteur-rédacteur junior est de 25 166 euros, contre plus de 31 000 euros au Royaume-Uni et 32 000 en Allemagne, selon l'étude European Salary Survey for the Marketing and Creative Industries réalisée par le cabinet de recrutement Aquent. De même, un directeur artistique junior en France gagne en moyenne 24 300 euros par an, contre plus de 30 500 euros outre-Manche et 44 000 outre-Rhin.

 

Une autre « French touch »

 

« Si pour les créatifs français, la tentation est grande de traverser la Manche, une fois sur place, la concurrence est rude,explique une chasseuse de têtes.Londres accueille des créatifs du monde entier, mais les Français ont parfois du mal à s'adapter au pragmatisme de la créativité britannique. Cependant, je les pousse quand même à aller voir ailleurs. »Ailleurs, ce n'est pas nécessairement à Londres. Beaucoup de teams ont tenté leur chance en Belgique francophone. Dans le Landerneau créatif, on évoque l'émergence d'une « French touch » qui intéresserait les enseignes étrangères. Elle reste à confirmer. N'est pas Fred&Farid qui veut.

Marie Maudieu

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